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Avant mon départ : Hommage à mes collègues engagées

Jasmine Laroche est conseillère juridique volontaire au sein du projet « Accès à la justice et lutte contre l’impunité en Haïti (AJULIH) ». Ce projet est mené par Avocats sans frontières Canada (ASFC), en partenariat avec la Fondasyon Konesans ak Libète et l’Office de la protection du citoyen. Le projet est réalisé avec l’appui du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.


Alors que mon mandat de conseillère juridique volontaire tire à sa fin, j’ai pensé rédiger un billet de blogue plus personnel afin de présenter quelques collègues qui m’ont inspirée pendant mon séjour d’un an à Port-au-Prince.

Dès mon arrivée au bureau d’ASFC en Haïti, j’ai fait la connaissance des trois responsables de volets du projet AJULIH, qui sont toutes des femmes.

Taïna Noster est responsable du volet « Plaidoyer » et agente de communications. Elle est donc présente dans toutes les sphères du projet et gère une charge de travail considérable avec un sang-froid exemplaire. Il suffit de la voir composer avec un groupe de journalistes pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’une femme comme les autres. Elle impose le respect et a un charisme impressionnant. J’ai tout de suite été attirée par son franc-parler et par sa confiance en ses capacités. J’ai constaté à plusieurs reprises qu’elle ne se laisse pas marcher sur les pieds et qu’elle verbalise ses opinions de manière convaincue, mais diplomate. Taïna, merci d’avoir été une voisine de bureau aussi divertissante (avec ou sans pitit ou) et d’avoir sollicité et valorisé mon opinion d’innombrables fois.

 

Taïna s’adresse à la Commission interaméricaine des droits de l’homme lors de l’audience thématique sur l’impunité des violences faites aux femmes en Bolivie, en février 2019.

Valentina Sincère est la conseillère juridique en charge du volet « Accès à la justice ». Ce qui m’a le plus frappé chez elle est son sens de la justice très aigu et son dynamisme. À plusieurs reprises, j’ai vu Valentina être bouleversée et révoltée face à des situations difficiles qui surviennent en Haïti. Elle a une personnalité rayonnante et sa grande sociabilité fait en sorte qu’elle tisse des liens très rapidement. Elle est d’une grande intelligence tant sur le plan relationnel qu’intellectuel. Valentina, merci pour ton sourire, ta bonne humeur perpétuelle et pour les échanges de nourriture sur l’heure du midi !

 

Valentina et moi lors de la soirée d’équipe du temps des fêtes, en décembre 2018 (photo : Marie-Philipe Métivier)

Marie Marthe Nicolas est la conseillère juridique à la tête du volet « Litige stratégique et lutte contre l’impunité ». Dès le début de mon mandat, j’ai eu la chance d’apprendre à connaître Marthe sur un plan plus personnel alors que nous sommes allées à Jacmel dans le cadre de la tournée du théâtre forum. J’ai découvert sa grande éloquence et sa capacité de vulgarisation, de même que sa passion pour la bonne nourriture et pour les magnifiques plages haïtiennes. J’ai ensuite appris qu’elle était la seule femme de sa classe à l’école du Barreau, en plus d’en être la présidente. J’ai ainsi compris toute la mesure de sa force de caractère. Marthe, merci de m’avoir permis d’assister à ton mariage et d’être témoin de la fierté de ta famille à l’égard de la « petite dernière ».

 

Marie Marthe et moi lors du procès-simulé organisé par ASFC et le Barreau de Port-au-Prince, en septembre 2018 (photo : Samuel Gagnon)

Au cours de mon mandat, j’ai également eu l’opportunité de collaborer avec le Cabinet d’avocat.e.s spécialisé.e.s en litige stratégique de droits humains (CALSDH) sur les dossiers de violence basée sur le genre. Celui-ci a recruté deux brillantes avocates-stagiaires avec qui j’ai beaucoup apprécié collaborer.

Vita Pierre est originaire des Gonaïves. Elle y a effectué des études de travail social et de droit en simultané. C’est lors de son parcours universitaire qu’elle a commencé à se renseigner sur le cadre théorique des luttes féministes et a ainsi milité pour les droits des femmes, malgré les résistances souvent rencontrées dans le milieu académique. En 2016, elle est devenue blogueuse pour Radio France Internationale (RFI). Vita s’est de plus engagée dans plusieurs organisations, dont VACT-Haïti[1]. Elle effectue actuellement une maîtrise sur le sujet des politiques publiques portant sur le genre. Elle a récemment terminé son stage au CALSDH et a participé au Lab citoyen en France à titre de représentante d’Haïti. Vita, j’ai toujours apprécié la qualité de ton raisonnement juridique et tes prises de paroles pertinentes. Tu as su magnifiquement prendre ta place au sein de l’équipe du CALSDH qui, je le sais, accordait une grande valeur à ton travail.

 

Vita, à droite, en compagnie d’autres membres du CALDH lors du 8 mars 2019, journée internationale des droits des femmes.

Et pour finir, Lovely Jean-Louis a effectué des études en linguistique appliquée et en droit. Elle a travaillé pendant plusieurs années en tant que secrétaire générale de l’organisme Enfofanm[2] et auprès de travailleuses du sexe afin de les informer de leurs droits. Elle s’est impliquée dans des organisations de jeunes pour inciter d’autres jeunes filles à s’engager à leur tour et a été consultante junior pour le Programme des Nations Unies pour le développement. Elle a ensuite obtenu une maîtrise en gestion des organisations internationales. Elle a récemment fait partie de la première délégation haïtienne à participer au concours de droit international humanitaire Jean-Pictet, à Obernai, en France. Lovely, tu m’as toujours impressionnée par ta grande intelligence, tant sur le plan juridique que méthodologique, sans oublier ton côté humain.

 

Lovely en compagnie du directeur du CALSDH, Patrice Florvilus.

Il ne s’agit là que d’un bref aperçu du parcours de quelques collègues que j’ai eu la chance de côtoyer. Au cours de mon mandat, il m’est paru évident que chacune de ces femmes aime profondément Haïti, ce qui transparait dans leurs implications respectives. Par leurs actions quotidiennes, j’ai pu entrevoir leur souhait de contribuer à leur société afin qu’elle soit plus juste et équitable. J’ai choisi de dresser le portrait de mes collègues féminines pour rendre hommage à celles qui se taillent une place de choix dans un milieu majoritairement masculin, tout en mettant en lumière l’universalité des luttes féministes et pour la justice sociale. Chères collègues, j’admire votre courage, votre détermination, votre bienveillance ainsi que votre vivacité. M pral sonje nou, kenbe fèm !

 


[1] Une organisation dont le nom veut littéralement dire « info femmes ».

[2] Vision et action communautaire pour la transformation sociale d’Haïti est une association fondée par un groupe d’étudiant.e.s en sciences humaines et sociales.

 

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